Le WENZI - Extraits
Lao Zi a dit :
Le Grand Homme, impavide et serein ni ne médite, ni ne cogite. Il prend le Ciel pour dais, la terre pour char, les quatre saisons pour cavales, le Yin et le Yang pour cocher et s'élance vers ces espaces inviolés qui ne connaissent ni chemin ni fatigue et dont la porte débouche sur le néant
Avec le Ciel pour dais, il est partout couvert, avec la Terre pour char, il est partout porté, avec les quatre saisons pour cavales, il peut tout entreprendre, avec le Yin et le Yang pour cocher, il peut parer à tout. Il va vite sans danger, loin sans fatigue. Les quatre membres au repos, la vue et l'ouïe disposes, rien ne lui échappe. Il a saisi les ressorts intimes de l'action et mesuré du regard l'infini.
On ne dirige pas les affaires de l'empire, on les accompagne ; on n'intervient pas dans les transformations des êtres, on les laisse faire retour en tenant le Principe. Le Saint cultive l'essentiel au dedans, sans s'inquiéter d'orner l'accessoire au-dehors. Il aiguise sa divine essence, occulte son intelligence. Silencieux, il ne fait rien, tout se fait ; il n'ordonne rien, tout est en ordre. Par <<ne rien faire>>, j'entends ne pas devancer le cours des choses; par <<ne rien ordonner>>, ne pas chercher à modifier le naturel par <<tout est en ordre>> , se conformer aux affinités des êtres.
Lao Zi a dit :
Gouverner selon la Voie : laisser advenir et emboîter le pas ; suivre le mouvement des choses ; on répond à toutes les éventualités et pare à l'imprévu.
L'homme du Tao est vacuité, équanimité, limpidité, souplesse, simplicité ; ces cinq traits en constituent les attributs. La vacuité est sa demeure, l'équanimité sa nature, la limpidité son miroir, la souplesse son agir, le retour sa constante. Chez lui la souplesse est dure, la faiblesse forte, la simplicité pilier. Vacuité, il ne porte aucun fardeau ; équanimité, il a le coeur libre de soucis...
L'homme accompli, pour gouverner congédie son ouïe et sa vue, masque son éclat, se fie au Principes et non à l'intelligence et de concert avec le peuple adopte la voie commune. Il restreint ce qu'il étreint, réduit ses exigences, renonce aux ambitions, évacue les désirs, abolit les calculs. Etreignant peu, il est perspicace ... Qui acquiert la maîtrise du dehors par le contrôle du dedans réussira en tout ... Qui cherche la grande Voie au loin devra rebrousser chemin.
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L'homme authentique fait corps avec le Tao, de sorte que, vacuité, équanimité, limpidité, souplesse et immaculée simplesse, il ne se mêle pas aux choses. Vertu parfaite, il est Ciel et Terre en action ...
Il agit par non-agir, laisse faire le laisser-faire et connaît par non-connaissance. Son sein abrite l'action céleste, ses bras embrassent l'esprit céleste, il expire et inspire les influx Yin et Yang, inhalant le souffle nouveau et exhalant le souffle vieux. Il se ferme avec le Yin et s'ouvre avec le Yang. Il se replie et se déploie avec le dur et le mou, s'élève et s'abaisse au gré du Yin et du Yang...
Lao Zi a dit :
Dans toute affaire, on agit en fonction de la situation, la situation dépend du moment ; qui connaît le moment n'adopte pas une conduite figée. C'est pourquoi <<la Voie qui peut être pratiquée n'est pas une voie constante et, le nom qui sert à nommer n'est pas un nom constant>>. Les livres sont produits par les discours ; les discours proviennent de l'intellect ; mais celui-ci ne sait pas tout. C'est pourquoi <<il n'y a pas une voie constante>> et <<le nom qui sert à nommer>> ne se trouve pas dans les livres. A vouloir tout connaître, on est souvent à court ; le mieux est de tenir le centre...
C'est pourquoi le Saint se garde de substituer l'humain au céleste. Il se transforme extérieurement en fonction des circonstances, mais sans rien perdre de ses dispositions intérieures.